Journal de bord

Lancement du questionnaire

Vous avez la parole ! Habitant·es de la Vienne, nous avons préparé spécialement pour vous un questionnaire pour que vous nous parliez de votre rapport à l’info et aux médias.
👉 https://lille2lsmrc.qualtrics.com/…/SV_da3vshS4ENuBfw2
Ce questionnaire fait partie de notre projet “Voix Active, citoyen·nes et médias ensemble pour l’info”.
🤷 S’informer c’est essentiel, mais aujourd’hui ce n’est pas simple. C’est même la jungle et on a parfois du mal à accéder à une information fiable au milieu des fake news qui prolifèrent, des centaines de médias qui parfois n’en sont pas, au milieu des médias d’opinion qui veulent nous orienter plutôt que de nous transmettre des faits, des chaînes qui créent la confusion entre l’actualité et le divertissement. La réalité c’est que parfois on perd confiance et on se détourne de l’info, au risque de nous éloigner des faits et des connaissances qui nous permettent de faire des choix éclairés et de nous construire une opinion solide.
🎯 Avec Voix Active, notre objectif chez Vivant le média c’est d’agir pour recréer du lien entre les médias et les citoyen·nes, et de construire de nouveaux outils qui permettent d’aiguiser son esprit critique quand on est face à une info, ou une infox. Pour ne pas être pris pour des lapins de 6 semaines !
🙏 Ce questionnaire va dans ce sens et il sera pour nous un outil de travail précieux. Alors merci d’avance pour votre contribution !
Ps : ça prend 8 minutes, et ce sont essentiellement des cases à cocher 😉 vous verrez c’est indolore.
N’hésitez pas à faire tourner dans vos réseaux, dans vos familles, dans votre quartier 🙂 Il s’adresse à tous les habitant·es de la Vienne, de 14 à 104 ans.

One health : “Si on améliore la santé du territoire, cela aura un impact sur la santé humaine”


Céline Mougard est spécialiste du lien entre santé et environnement, elle collabore notamment au projet Santé des territoires que mène le Centre d’Etudes Biologiques de Chizé (79). Parmi ses multiples activités, la Deux-Sévrienne a créé récemment un jeu de plateau coopératif à la fois ludique et pédagogique intitulé “Toute une santé”, en référence au concept “One health”. Ce jeu vise à sensibiliser les publics, à partir de 14 ans, aux interdépendances entre les milieux, les animaux, les végétaux et la santé humaine.
Rencontre autour du plateau.



Interview et photos : Cécile Massin

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Sur le chantier de la Caserne, le réemploi à grande échelle


Après deux ans et demi de travaux, à Poitiers la Caserne connaît ses derniers jours de chantier et s’apprête à se convertir en tiers-lieu à vocation écologique, sociale et solidaire. Sur 4800 m², elle va rassembler des bureaux, des ateliers, une auberge de jeunesse, des hébergements d’urgence et un bar-restaurant. Un chantier exemplaire en termes d’économie de ressources, avec une place centrale donnée au réemploi. Photoreportage.


L’ensemble immobilier a abrité le centre d’incendie et de secours pendant 50 ans, jusqu’à son déménagement en 2020. La ville de Poitiers, qui en est propriétaire, a lancé une phase d’urbanisme transitoire et de réflexion sur le devenir du lieu en 2021 et 2022. Un projet mené avec les acteurs locaux de l’économie sociale et solidaire (ESS) pour construire un lieu hybride dédié à l’incubation et au développement de structures de l’ESS et de l’écologie, mais aussi à l’animation du quartier. L’association La Caserne est alors créée. Le chantier a démarré en septembre 2024 et c’est l’Agence Duclos Architectes qui assure la réhabilitation, avec la Ville à la maîtrise d’ouvrage.

Brice Kester, architecte de l’Agence Duclos, travaille avec Agathe Bely, architecte de l’agence La Mécanique des Ruines, spécialisée en réemploi. Le projet a été médaille d’argent de la démarche BDNA (Bâtiment durable Nouvelle-Aquitaine) pour l’usage de matériaux biosourcés, la renaturation des sols et des façades, l’intégration de la biodiversité, l’usage du réemploi à grande échelle et l’inclusion forte des futur·es utilisateur·ices que sont l’association La Caserne et la fédération des Auberges de jeunesse. Il a également reçu le Prix Valobat du Chantier exemplaire en réemploi en 2025.

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Le choix a été fait de garder la destination d’origine des espaces : les anciens logements des pompiers restent des logements (6 hébergements à vocation sociale et 164 lits pour l’auberge de jeunesse), les bureaux aussi gardent leur vocation. 12 structures sont actuellement en train de s’y installer. La remise, où étaient garés les véhicules de secours, accueille désormais le resto-bar-agora, et les anciens ateliers de Grand Poitiers deviennent 1000m² d’espace pour des acteurs de filières écologiques et créatives. L’isolation a été renforcée par l’extérieur, avec de la paille hachée soufflée (une technique développée par l’entreprise locale Ielo), et un bardage bois.

Le réemploi au cœur du projet de transformation

Stockés dans le gymnase voisin prêté par la communauté urbaine de Grand Poitiers, les matériaux réutilisables issus de la dépose soignée des bâtiments de l’ancienne caserne ont été identifiés en amont, répertoriés et rangés par lots (menuiseries intérieures, lettrages, planchers, sanitaires, électricité, ventilation, luminaires…). 90 références ont ainsi été réemployées, soit 87 tonnes in situ. Si l’on prend en compte la valorisation de matériaux issus d’autres chantiers, ce sont au total 180 références et 400 tonnes qui ont été sauvées des bennes. Soit 260 tonnes de CO2 évités. 

Lieu central, la rotonde distribue la circulation sur tous les espaces du lieu. La banque d’accueil a été réalisée en bois de récupération. Les modules géométriques sont issus des anciens escaliers en hêtre.

Economie circulaire et biodiversité

Sur la façade, les supports en métal prévus pour faire grimper les plantations sont issus des déchets de l’entreprise Gyrax (86) : il s’agit des squelettes de découpe de pièces pour matériel agricole.

Des gabions ont été réalisés avec des matériaux issus du chantier de déconstruction. Ils pourront servir de refuge à la biodiversité, tout comme les nichoirs creusés directement dans les façades.

350 m² de surface au sol ont été désimperméabilisés. Première en France, 1000 traverses de béton monobloc de la SNCF ont été posées : leur forme d’origine laisse passer l’eau de pluie. Elles sont également carrossables, et démontables. Ces traverses, que la SNCF doit renouveler tous les 30 ans sur les voies, sont habituellement considérées comme des déchets et concassées.

L’ancienne salle de bal des pompiers est devenue une grande salle de réunion, avec le même plancher, remis à neuf. Les dalles de plafond sont issues du réemploi, comme les éléments de sécurité obligatoires signalant les issues de secours. Les garde-corps de la mezzanine de l’espace restauration-agora ont été réalisés à partir des clôtures de l’ancienne caserne.

Economies d’eau

Le chantier est aussi exemplaire au niveau de la gestion de l’eau. L’usage de la dépose soignée et du réemploi a permis d’économiser 20800 m3 d’eau (plus de 8 piscines olympiques). Des bassins de récupération des eaux de toiture sont enterrés sous les espaces verts, avec un trop plein se déversant dans une autre cuve, réserve d’eau pour l’été, avant de rejoindre le réseau collectif.

Le réemploi évite l’extraction de ressources, la transformation, la production de déchets, l’utilisation d’eau, du transport. Il offre aussi la possibilité de travailler avec des structures locales. Sur le chantier de la caserne, deux acteurs de l’ESS de Grand Poitiers ont été associés : Vienne Moulière Solidarité (Chauvigny) et le Collectif Mélusine (Lusignan). Le marché public comptait une clause d’insertion sur 3 lots, l’objectif a été atteint à 320%. 


Rédaction et photos : Claire Marquis

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Conférence de rédaction citoyenne à Saint Sauvant

😊 Une conférence de rédaction citoyenne vivante comme on les aime, le 4 février à Saint-Sauvant (86). Nous étions accueillies par l’association Solidarité Environnement Insertion (SEI) qui avait convié ses salarié·es.
Avant d’échanger sur les initiatives pour la transition écologique et sociale qui émergent du côté de Saint-Sauvant et qui pourraient être traitées dans notre média, nous avons longuement parlé des enjeux de l’information. Qui s’informe ? Comment ? Pourquoi ? A quoi ça sert ?
Stéphanie, qui a commencé la rencontre en nous expliquant que l’information « Ça casse la tête, parce que tout va mal », l’a terminée emballée et s’est tout de suite positionnée quand on a proposé au groupe de venir réaliser des reportages radio avec nous au printemps.
Prendre le temps du dialogue, créer des espaces pour que les citoyen·nes de tous horizons puissent comprendre la réalité des médias dans leur diversité, et y participer, c’est à la fois un travail de titan et de fourmi. Mais cette rencontre réjouissante nous confirme que c’est la clé. Pour une réappropriation citoyenne de l’information.

Dans l’île d’Oléron, une solution d’urgence contre l’érosion du littoral


Sur la plage des Allassins à Grand-Village, dans l’île d’Oléron, le niveau d’érosion du trait de côte auguré pour 2030 est déjà atteint. La communauté de communes de l’île d’Oléron et le syndicat Eau17 ont dû financer en urgence des travaux pour protéger le cordon dunaire. Car juste derrière cette plage se trouvent les bassins d’infiltration d’eaux traitées d’une station d’épuration, elle-même située 600 mètres plus loin. Pour protéger ces bassins de lagunage et prévenir les risques de pollution et de dysfonctionnement, un rempart innovant est actuellement installé. Sur 600 mètres, 900 “filets de gabions” de quatre tonnes chacun sont superposés sur le sable. Les travaux ont débuté le 12 janvier. Explications avec Rebecca Van Coppenolle, chef de projet pour le bureau d’études EGIS à La Rochelle, maîtrise d’œuvre pour ce chantier inédit .


Est-ce que l’utilisation de ces filets de gabions est originale ?

Oui, c’est très peu mis en œuvre au niveau côtier. Ces gabions souples sont des filets remplis de cailloux, de calcaire. C’est une solution habituellement utilisée pour la protection des berges fluviales ou en haute mer pour protéger les pieds d’éoliennes ou les canalisations. En France, je ne dirais pas que nous sommes les premiers mais il n’y a vraiment pas beaucoup de chantiers de ce genre. Il y en a un peu plus en Angleterre.

Pourquoi est-ce peu utilisé en milieu côtier ?

Parce qu’il y a énormément de contraintes. Quand les sacs sont en mer ou en rivière, ils ne sont pas soumis aux UV (ultraviolet, NDLR), ce qui n’est pas le cas en côtier. Ils sont aussi soumis à l’action des vagues, aux déferlantes. Le milieu est extrêmement dynamique. À la jonction entre le terrestre et le côtier il faut des solutions solides, qui peuvent durer dans le temps. Donc nous avons tendance à utiliser ce qui fonctionne, ce que l’on connaît, parce que généralement nous protégeons des enjeux humains donc il faut que nous soyons certains de notre coup.

Pour protéger ces bassins d’infiltration, cela s’y prête bien ?

Oui, parce que c’est une solution temporaire (d’ici à cinq ans, les eaux traitées doivent être connectées à l’exutoire en mer de la station d’épuration de La Cotinière, NDLR). Ces gabions peuvent être démontés et auront le minimum d’impact sur la plage. On vient juste remodeler la dune et poser les gabions. Une fois enlevés, la sable et la dune reprendront leur vie, il n’y aura plus d’impact de la protection. Les situations d’érosion intense comme ici sont souvent réglées par des rechargements de plage en amenant du sable. Sauf qu’au vu des taux d’érosion observés ici ces dernières années, ce n’est pas suffisant et extrêmement onéreux. Dans cette situation particulière, nous nous sommes dit que nous partirions sur quelque chose d’un peu plus « dur ».

Sans pour autant aller vers un enrochement classique ?

Non, car il y avait l’idée d’être le moins impactant possible sur le linéaire, de pouvoir le démonter. Un enrochement classique est beaucoup plus compliqué à démonter que ce genre de structure. Au niveau de la mise en œuvre il y a également beaucoup plus d’étapes tandis que ces filets sont relativement simples à poser.

En quoi sont-ils efficaces contre l’érosion ?

Chaque sac pèse quatre tonnes. Le mouvement de l’eau, la vague, ne peuvent pas venir les déplacer. A moins d’être sur une tempête énorme. Et ce système va épouser la forme du terrain. L’idée n’est pas de venir stopper l’évolution naturelle de la plage. Elle change, elle est plus basse ou plus haute selon les années. Les filets de gabions vont pouvoir s’adapter aux modifications de profils. Donc si tout à coup il y a une perte de sable qui n’est pas du tout dangereuse ni dérangeante pour la protection, les gabions vont venir épouser la forme du terrain. Cette solution va pouvoir évoluer au fur et à mesure de la modification de la plage.

En quelle matière sont ces filets ?

En polyéthylène haute densité (PEHD), donc à base de pétrole, mais qui a des propriétés de solidité et de résistance à la traction. Le fait qu’ils soient exposés aux UV ne va pas détériorer leurs capacités techniques. Et c’est un matériau qui n’a pas de rejet de particules au contact de l’eau.

L’instauration de « bigs bags » par le passé dans l’île d’Oléron pour contrer l’érosion avait pu entraîner des pollutions plastiques. Est-ce qu’il y a un risque de délitement de ces filets ?

Non. Nous sommes sur un matériau qui est sain, qui ne rejette rien dans l’environnement et qui a une résistance conséquente par rapport aux conditions du site. La manière dont les mailles ont été faites font que s’il y a une maille qui se casse, ça ne vient pas ouvrir tout le filet. Et le géotextile que nous avons mis en arrière est suffisamment épais pour ne pas se déliter. Ça a été un point important dans nos études.

C’est donc une bonne solution transitoire. Est-elle duplicable ?

Oui, et je pense que ça pourrait l’être aussi pour des solutions pérennes dans d’autres environnements. Mais ce sont le suivi de ce projet et les études qui vont nous permettre de l’affirmer.

Combien de temps peuvent tenir ces filets ?

Nous sommes sur du temporaire qui dure plusieurs années, il est prévu que ces gabions tiennent pendant cinq ans sur ce site et soient réutilisables après. Puis la commune va pouvoir récupérer ces filets pour les réutiliser dans d’autres environnements.


Propos recueillis par : Amélia Blanchot
Photos : Amélia Blanchot

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Collectif média : la rencontre

Le 29 janvier 2026, Vivant le média a réuni des représentant·es de médias locaux de la Vienne : Le7hebdo, La Nouvelle République Vienne, France 3 Nouvelle-Aquitaine, Radio Pulsar et La Vienne Rurale.
Nous sommes des médias privés, publics, gratuits, payants, associatifs, quotidiens, généralistes, spécialisés, avec nos histoires et nos enjeux propres. Mais au-delà de ce qui nous différencie, nous partageons un constat commun sur lequel nous voulions ouvrir la discussion : l’information n’est pas un bien comme les autres, c’est un bien public qui apporte un socle de faits et des connaissances sur lequel les citoyen·nes peuvent s’appuyer pour faire des choix, se forger une opinion et faire société.
Or le monde de l’info est bousculé de toutes parts (réseaux sociaux, intelligence artificielle, modèles écos, concentration des médias, défiance, rejet de l’information…). Et quand les médias déraillent, c’est la démocratie qui déraille.
Il est plus que jamais nécessaire de recréer du lien entre les médias et les citoyen·nes, mais aussi de sensibiliser tous les publics aux mécanismes de production, de circulation, de réception de l’information… et de la désinformation.
En tant que médias locaux, nous avons cet avantage de la proximité pour ouvrir le dialogue avec les habitant·es.
Alors comment pouvons-nous agir sur notre territoire pour transformer la relation entre les médias et les citoyen·nes ? Qu’est-ce qu’on met déjà en œuvre, qu’est-ce que qu’on peut faire plus, ou mieux ? Quelle place occupe dans nos rédactions la sensibilisation au métier de journaliste et au rôle des médias dans une société démocratique ?
Qu’est-ce qu’on est prêt·es à faire ensemble ? Comment la force du groupe peut-elle permettre de placer la question des médias au cœur des sujets de société à prendre à bras le corps, à une période inédite de crises à la fois démocratique, écologique, sociale et géopolitique ? Et à un moment où vont s’enchaîner de nombreux rendez-vous électoraux ?
Cette rencontre et la création d’un collectif de médias et journalistes constituent la première pierre de Voix Active, expérimentation médiatique et sociale pour une réappropriation citoyenne des médias dans la Vienne.
Merci pour leur présence et leur implication à :
Arnault Varanne, rédacteur en chef du magazine Le 7
Alain Defaye, directeur départemental de la Nouvelle République
Xavier Benoît, journaliste à la Nouvelle République
Marie-Noëlle Missud, journaliste à France 3 Poitou-Charentes
Elisabeth Hersand, rédactrice en chef de La Vienne Rurale
Gracia Stephan, directrice de Radio Pulsar
Anaïs Greusard, journaliste à Radio Pulsar
Julia Vandal, chargée de projets à Radio Pulsar
et Fabrice Caudron qui accompagne le projet, enseignant chercheur à l’université de Lille, membre de l’unité de recherche DémoCIS

À côté d’Angoulême, des sextoys en bois pour mêler plaisir et écologie


Installé en Charente, Pascal Dumas fait partie des rares artisans à fabriquer des sextoys en bois. Une démarche singulière, qui mêle découverte sexuelle et préservation de l’environnement. Rencontre.


Dans la commune de Fléac, à côté d’Angoulême, l’atelier de Pascal Dumas ressemble peu ou prou à celui de n’importe quel ébéniste. De larges plans de travail ici, des chutes de bois là. Et pourtant. Dans son antre, celui qui travaille le bois depuis une trentaine d’années conçoit non pas des armoires ou des tables, mais des sextoys en bois avec son entreprise Idée du désir, créée en 2014. « Avant, je fabriquais des meubles, rembobine le Charentais. Mais quand Ikea, Ixina [enseigne belge de cuisines équipées, NDLR] et consorts se sont mis à envahir le marché, j’ai vite compris que j’allais me casser la figure et qu’il fallait que je trouve autre chose. »

En quelques clics, l’ébéniste découvre qu’à quelques exceptions près – comme l’entreprise Bobtoys, qui commercialise des sextoys en bois des Vosges – l’offre est peu diversifiée pour qui veut acquérir des jouets sexuels en bois. « Mon comptable m’a dit “ça peut être une belle opportunité, foncez !” », rit-il. Surtout, le professionnel se plaît à l’idée de relever un défi singulier : fabriquer des sextoys qui allient plaisir, esthétisme et écologie à l’heure où l’empreinte écologique des jouets sexuels reste très peu discutée.

Au début, j’ai fait des essais. J’ai notamment suivi les conseils du sexologue Daniel Habold, qui m’a aiguillé car ça peut paraître évident, mais un sextoy droit, ça ne fonctionne pas ! Il faut suivre des courbes précises.
Pascal Dumas, fondateur d’Idée du désir

atelier de fabrication artisanale de sextoys en bois
Dans l’atelier de Pascal Dumas, fondateur de l’entreprise Idée du désir en Charente

Sextoy et impact environnemental réduit

Progressivement, l’ébéniste gagne en expertise et aujourd’hui, son entreprise Idée du désir propose une cinquantaine de sextoys, parmi lesquels des sextoys vaginaux, anaux ou encore des strap-on, à utiliser seul ou à plusieurs. « Je fais aussi des sextoys sur-mesure et des sextoys thérapeutiques pour le vaginisme ou la rééducation du périnée par exemple », continue Pascal Dumas, qui tient à insister sur les atouts du bois par rapport à un jouet classique en silicone. « Le bois se réchauffe beaucoup plus vite, dit-il, et c’est aussi beaucoup plus esthétique. Mes jouets, vous pouvez les poser sur votre étagère comme objets de décoration quand ils ne sont pas utilisés ! », rit le quinquagénaire.

Surtout, d’un point de vue environnemental, le choix d’un sextoy en bois est loin d’être anodin. Alors qu’un quart des Français utilise des sextoys, d’après un sondage commandé par la marque de jouets sexuels Lelo, 70% viennent de Chine et sont fabriqués avec des matériaux issus de la pétrochimie. « À l’inverse, mes jouets n’ont quasiment aucun impact », avance le professionnel. De fait, les bois – du merisier, de l’érable ou encore du noyer – proviennent principalement d’une scierie locale. Ils sont ensuite acheminés en circuit court jusqu’à la menuiserie de Pascal Dumas, où ils sont confectionnés à la main. « La seule matière synthétique, c’est la fine couche de vernis que je mets sur le jouet pour le protéger », détaille l’artisan. Un vernis hypoallergénique sans solvant ni perturbateur endocrinien. Et d’ajouter : « Sans compter que si le jouet nécessite une retouche, je m’en charge et ça repart. Un sextoy en bois, ça peut durer toute une vie. »

Gamme de jouets sexuels en bois dans la boutique Une idée du désir
Idée du désir propose une gamme d’une cinquantaine de sextoys en bois. L’entreprise s’approvisionne principalement chez une scierie locale.

Un sujet qui reste tabou

Suivant l’essence du bois, choisie pour sa texture ou sa résistance, les sextoys d’Idée du désir vont de 60 à 200 euros. Ils sont ensuite vendus sur place ou en ligne. Un budget qui n’a rien d’excessif comparativement aux sextoys dits classiques et qui, de surcroît, participe à rétribuer justement un travail d’artisan. « Ici, vous ne trouverez aucune grosse machine », sourit l’ébéniste. Un travail d’orfèvre qui a trouvé son public puisqu’en dix ans, 11 000 « orchidées » ont, entre autres, été vendues. « C’est notre best-seller », dit-il, à l’évocation de ce sextoy vaginal dédié à la stimulation du point G.

Malgré l’engouement croissant autour des sextoys écolo – également commercialisés, entre autres, par l’entreprise normande Rejouis qui propose des sextoys reconditionnés ou encore des marques de sextoys classiques qui proposent des jouets « éco-vibe » – le Charentais reste prudent. « Il y a encore beaucoup de tabous autour de l’utilisation des sextoys », regrette-t-il. Le sujet fait d’ailleurs débat jusque dans son entourage où une partie « trouve que c’est génial », l’autre que « c’est plutôt dégueulasse ». Pas de quoi décourager l’ébéniste, bien décidé à continuer de sculpter des orchidées.


Rédaction : Cécile Massin
Photos : Noémie Pinganaud

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Fromage de chèvre et bien-être animal : Cabri d’Ici ouvre une autre voie


Derrière chaque fromage de chèvre se cache une chèvre qui a donné naissance à un petit, car il faut bien qu’elle ait mis bas pour produire du lait. Que deviennent ensuite les chevreaux ? Ils sont retirés de leurs mères pour alimenter une filière intensive. Face à cette réalité, des éleveurs et éleveuses se sont organisé·es pour trouver une autre manière de travailler et ont créé Cabri d’Ici. Ce projet se développe notamment dans les Deux-Sèvres, premier département caprin de France avec plus de 130000 chèvres et 120 millions de litres de lait produits. Interview de Stéphanie Prestavoine, animatrice au CIVAM du Haut Bocage, en charge de l’accompagnement du projet.


Que deviennent les chevreaux qui naissent dans les exploitations laitières ?

En France on a la particularité de manger du fromage et du lait de chèvre, mais quid de la destination des animaux ? Ailleurs dans le monde à Madagascar, au Maghreb, en Italie, on élève la chèvre pour sa viande. Mais chez nous, trois à huit jours après les mises-bas, les chevreaux partent vers des filières d’engraissement où ils sont nourris avec du lait en poudre pendant six à huit semaines avant d’être abattus et exportés vers des pays qui consomment de la viande de chèvre.

Comment les éleveurs et éleveuses du groupe CIVAM (Centre d’initiative pour valoriser l’agriculture et le milieu rural) se sont-ils emparé·es de cette problématique ?

Dans ce groupe, on a déjà beaucoup travaillé sur le pâturage. C’est une pratique vertueuse peu répandue en élevage caprin car elle demande une grande technicité. On se creuse la cervelle pour aller vers des élevages durables sur l’alimentation, le bien-être animal, la préservation de l’environnement et la rentabilité des élevages. L’idée d’une meilleure prise en compte des chevreaux sur la ferme revenait dans les échanges depuis plusieurs années. Lors d’un voyage d’étude au pays basque, nous avons visité des fermes où tous les chevreaux étaient élevés sous les mères puis nourris à la ferme après le sevrage, avant d’être abattus entre 6 mois et 1,5 ans. La viande était ensuite proposée en vente directe. Certains membres de notre groupe gardaient déjà les jeunes femelles qui servent à renouveler le troupeau sur leurs fermes. Ils ont décidé d’aller encore plus loin dans la démarche en gardant aussi les jeunes mâles sous leur mère.

Comment l’élevage des chevreaux s’est il mis en place dans les fermes ?

Grâce à tout un travail d’expérimentation, d’échanges et de rencontres. Côté élevage, les éleveurs et éleveuses se sont aperçus que même si les chevreaux continuaient à têter leurs mères, les chèvres produisaient la même quantité de lait au moment de la traite. La sur-stimulation liée à la présence des chevreaux permet donc aux chèvres de produire davantage de lait. Il faut tout de même augmenter la nourriture apportée. Chacun a ensuite trouvé une organisation différente en fonction des bâtiments disponibles pour accueillir les nouveaux animaux. Puis il a fallu tout organiser pour pouvoir faire abattre, transformer et commercialiser de la viande de chèvre en local.

Est-ce pour cela que le projet Cabri d’Ici s’est structuré ?

Oui. Depuis 2022, le CIVAM accompagne deux élevages des Deux-Sèvres mais aussi onze autres de Maine-et-Loire, de Vendée et de Mayenne dans la structuration d’associations départementales nommées Cabri d’Ici. Elles ont un logo commun et une charte d’engagement. Même si aujourd’hui les membres sont tous en bio, la charte de l’exige pas. Par contre, des critères précis ont été définis, notamment pour s’assurer que les exploitations restent à taille humaine, préservent les ressources naturelles, mettent les animaux au pâturage et élèvent les chevreaux au lait naturel jusqu’au sevrage.

Et pour la transformation ?

Les éleveurs et éleveuses se sont formés grâce aux ateliers de découpe et transformation de viande du lycée agricole des Sicaudières à Bressuire. Ces nouvelles compétences leur ont permis d’aller démarcher abattoirs et ateliers de découpe pour faire transformer leurs animaux. Car c’est toute une filière qui doit se former à ce nouveau produit. Le groupe a fait des essais de découpe et de rendement par morceaux pour donner des repères. Cela a permis de créer des outils de références à destination des bouchers. Il a ensuite fallu se questionner pour trouver comment donner envie aux mangeurs. Le goût de cette viande a été perdu en France. On a établi des fiches recettes : le gigot peut être cuit au four, la poitrine, plus grasse sera meilleure en cuisson longue, pourquoi pas en tajine.

Comment la viande est-elle commercialisée ?

Au départ, on pensait proposer la viande à la restauration collective. Des essais menés en cantine de lycée nous ont montré que les jeunes ont apprécié son goût. Mais les éleveurs ont calculé leurs coûts de production. La viande de chevreaux de qualité doit être vendue entre 18 à 20 euros le kilo, ce qui est trop cher pour les cantines. On a dû réorienter le projet vers la vente directe. Alors on a organisé de nouvelles formations pour développer la vente en circuit court en s’appuyant sur notre démarche globale.

Comment le projet va-t-il évoluer ?

Aujourd’hui Cabri d’Ici, ce sont 13 fermes sur 3 départements. Des réflexions sont en cours en Bretagne et en Normandie. Une fédération nationale a été constituée pour créer des liens et accueillir bientôt de nouvelles structures. La fédération veut être le point d’ancrage pour récolter des références sur le terrain et aider les fermes qui se questionnent sur le pâturage ou la valorisation de la viande.


Propos recueillis par : Marie Gazeau
Photos : portrait – Marie Gazeau; haut de page : Hélène Bannier

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